
تتابع جريدة مانشيت تفاصيل «À mes enfants : le Coran, le don discret et la dignité»، في ضوء المعلومات المتاحة حتى الآن، مع الحرص على تقديم الوقائع المؤكدة وتجنب أي معلومات غير موثقة.
Mes enfants,
L’autre soir, l’un de vous m’a tendu son téléphone, à moitié ému, à moitié amusé. « Regarde, papa, c’est beau. » Un jeune homme frappait à la porte d’une vieille dame, lui tendait un sac de provisions, puis une enveloppe. La caméra s’attardait sur la porte abîmée, sur la cuisine presque vide, sur ses mains qui tremblaient. Une musique douce montait. Sous la vidéo, des milliers de cœurs et de félicitations.
Je l’ai regardée deux fois. La seconde fois, je n’ai presque plus regardé le jeune homme. J’ai regardé la dame. Elle gardait les yeux baissés. D’une main elle tenait le sac, de l’autre elle ramenait son foulard sur son visage.
Je ne sais pas ce qu’elle a ressenti. Personne ne peut le savoir à sa place. Mais une question m’est restée : peut-on aider quelqu’un tout en lui faisant payer, sans le vouloir, un autre prix — son intimité, son image, la possibilité de traverser le marché le lendemain sans être reconnu comme « la personne pauvre de la vidéo » ?
C’est de cela que je veux vous parler aujourd’hui, maintenant que l’hiver arrive et qu’avec lui reviennent les collectes, les couvertures, les paniers et les appels à la solidarité.
Le Coran ne sépare pas le don de la manière de donner
Il existe un verset qui pose le principe avec une clarté remarquable :
ٱلَّذِينَ يُنفِقُونَ أَمْوَٰلَهُمْ فِى سَبِيلِ ٱللَّهِ ثُمَّ لَا يُتْبِعُونَ مَآ أَنفَقُوا۟ مَنًّۭا وَلَآ أَذًۭى ۙ لَّهُمْ أَجْرُهُمْ عِندَ رَبِّهِمْ وَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ
« Ceux qui dépensent leurs biens dans le sentier de Dieu, puis ne font suivre ce qu’ils ont dépensé ni d’un rappel du bienfait ni d’un tort, auront leur récompense auprès de leur Seigneur. Ils n’auront rien à craindre et ne seront pas affligés. » (Al-Baqara, 2:262)
Le verset ne s’arrête pas au montant donné. Il regarde ce qui vient après. Le mot mann désigne le fait de rappeler son bienfait, de faire sentir à l’autre ce qu’on a fait pour lui. Le mot adhâ désigne le tort, la blessure, ce qui atteint la personne qui reçoit.
Le verset suivant va encore plus loin :
قَوْلٌۭ مَّعْرُوفٌۭ وَمَغْفِرَةٌ خَيْرٌۭ مِّن صَدَقَةٍۢ يَتْبَعُهَآ أَذًۭى ۗ وَٱللَّهُ غَنِىٌّ حَلِيمٌۭ
« Une parole bienveillante et un pardon valent mieux qu’une aumône suivie d’un tort. Dieu Se suffit à Lui-même et Il est indulgent. » (Al-Baqara, 2:263)
Autrement dit : il existe une manière de donner qui blesse tellement qu’une parole respectueuse vaut mieux.
Quand le don devient une mise en scène
Puis vient l’avertissement le plus sévère :
يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ لَا تُبْطِلُوا۟ صَدَقَـٰتِكُم بِٱلْمَنِّ وَٱلْأَذَىٰ كَٱلَّذِى يُنفِقُ مَالَهُۥ رِئَآءَ ٱلنَّاسِ وَلَا يُؤْمِنُ بِٱللَّهِ وَٱلْيَوْمِ ٱلْـَٔاخِرِ ۖ فَمَثَلُهُۥ كَمَثَلِ صَفْوَانٍ عَلَيْهِ تُرَابٌۭ فَأَصَابَهُۥ وَابِلٌۭ فَتَرَكَهُۥ صَلْدًۭا ۖ لَّا يَقْدِرُونَ عَلَىٰ شَىْءٍۢ مِّمَّا كَسَبُوا۟ ۗ وَٱللَّهُ لَا يَهْدِى ٱلْقَوْمَ ٱلْكَـٰفِرِينَ
« Ô vous qui croyez, n’annulez pas vos aumônes par le rappel du bienfait et par le tort, comme celui qui dépense son bien par ostentation devant les gens sans croire en Dieu ni au Jour dernier. Il est semblable à un rocher couvert de terre : qu’une forte pluie l’atteigne, elle le laisse nu. Ils ne tireront aucun profit de ce qu’ils auront acquis. » (Al-Baqara, 2:264)
Je ne vous dis pas qu’une caméra annule automatiquement un don. Ce jugement ne nous appartient pas. Je vous dis qu’une vidéo peut réunir exactement les risques contre lesquels le verset nous met en garde : se montrer, rappeler publiquement le bienfait et exposer celui qui reçoit à une blessure.
À l’époque des réseaux sociaux, le mann peut même devenir permanent. Une phrase dite autrefois disparaissait peut-être de la mémoire. Une vidéo peut rester des années. Elle peut être copiée, partagée, remontée, transformée en extrait. Celui qui reçoit n’est plus seulement aidé un jour : son besoin peut devenir une identité numérique durable.
Donner en secret, sans confondre discrétion et opacité
Le Coran ne dit pas que tout don visible est mauvais :
إِن تُبْدُوا۟ ٱلصَّدَقَـٰتِ فَنِعِمَّا هِىَ ۖ وَإِن تُخْفُوهَا وَتُؤْتُوهَا ٱلْفُقَرَآءَ فَهُوَ خَيْرٌۭ لَّكُمْ ۚ وَيُكَفِّرُ عَنكُم مِّن سَيِّـَٔاتِكُمْ ۗ وَٱللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرٌۭ
« Si vous rendez publiques vos aumônes, c’est bien. Mais si vous les cachez et les donnez aux pauvres, c’est meilleur pour vous. Dieu effacera une partie de vos mauvaises actions, et Dieu est parfaitement informé de ce que vous faites. » (Al-Baqara, 2:271)
Et quelques versets plus loin :
ٱلَّذِينَ يُنفِقُونَ أَمْوَٰلَهُم بِٱلَّيْلِ وَٱلنَّهَارِ سِرًّۭا وَعَلَانِيَةًۭ فَلَهُمْ أَجْرُهُمْ عِندَ رَبِّهِمْ وَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ
« Ceux qui dépensent leurs biens, de nuit et de jour, en secret et ouvertement, auront leur récompense auprès de leur Seigneur. Ils n’auront rien à craindre et ne seront pas affligés. » (Al-Baqara, 2:274)
Il peut donc exister des raisons légitimes de rendre un effort de solidarité visible : entraîner d’autres personnes, rendre compte d’une collecte, montrer où est allé l’argent. Mais la transparence n’oblige pas à exposer celui qui reçoit.
Une association peut montrer les cartons préparés, les factures, les quantités distribuées, les bénévoles au travail, les comptes de la collecte. Elle peut rendre compte de chaque dinar sans filmer le visage d’une mère, l’intérieur d’une maison ou les vêtements d’un enfant.
Ne rien attendre en retour
Dans la sourate Al-Insân, le Coran décrit ceux qui donnent à manger au pauvre, à l’orphelin et au captif :
وَيُطْعِمُونَ ٱلطَّعَامَ عَلَىٰ حُبِّهِۦ مِسْكِينًۭا وَيَتِيمًۭا وَأَسِيرًا
إِنَّمَا نُطْعِمُكُمْ لِوَجْهِ ٱللَّهِ لَا نُرِيدُ مِنكُمْ جَزَآءًۭ وَلَا شُكُورًا
« Ils donnent de la nourriture, malgré l’attachement qu’ils lui portent, au pauvre, à l’orphelin et au captif : “Nous vous nourrissons uniquement pour rechercher la Face de Dieu. Nous ne voulons de vous ni récompense ni remerciement.” » (Al-Insân, 76:8-9)
Ni récompense, ni remerciement. Aujourd’hui, le remerciement peut prendre d’autres formes : une photo, une publication, des vues, des commentaires, l’image du « bienfaiteur ». Le principe reste le même : celui qui reçoit ne nous doit pas une mise en scène de sa gratitude.
La sourate Al-Layl revient sur cette pureté de l’intention :
ٱلَّذِى يُؤْتِى مَالَهُۥ يَتَزَكَّىٰ
وَمَا لِأَحَدٍ عِندَهُۥ مِن نِّعْمَةٍۢ تُجْزَىٰٓ
إِلَّا ٱبْتِغَآءَ وَجْهِ رَبِّهِ ٱلْأَعْلَىٰ
« Celui qui donne de ses biens pour se purifier, sans qu’il y ait auprès de lui un bienfait reçu qu’il chercherait à rendre, mais seulement pour rechercher la Face de son Seigneur, le Très-Haut. » (Al-Layl, 92:18-20)
Ceux qui ne demandent rien
Il y a enfin ce verset que j’aimerais que vous gardiez longtemps en mémoire :
لِلْفُقَرَآءِ ٱلَّذِينَ أُحْصِرُوا۟ فِى سَبِيلِ ٱللَّهِ لَا يَسْتَطِيعُونَ ضَرْبًۭا فِى ٱلْأَرْضِ يَحْسَبُهُمُ ٱلْجَاهِلُ أَغْنِيَآءَ مِنَ ٱلتَّعَفُّفِ تَعْرِفُهُم بِسِيمَـٰهُمْ لَا يَسْـَٔلُونَ ٱلنَّاسَ إِلْحَافًۭا ۗ وَمَا تُنفِقُوا۟ مِنْ خَيْرٍۢ فَإِنَّ ٱللَّهَ بِهِۦ عَلِيمٌ
« Aux pauvres qui sont retenus dans le sentier de Dieu et ne peuvent parcourir la terre : celui qui ne les connaît pas les croit riches à cause de leur retenue. Tu les reconnais à leurs signes ; ils ne sollicitent pas les gens avec insistance. Et tout bien que vous dépensez, Dieu le sait parfaitement. » (Al-Baqara, 2:273)
Le verset parle de personnes qui ne font pas de leur besoin un spectacle. Il nous demande donc, à nous, d’apprendre à regarder. Le voisin qui ne se plaint jamais. Le camarade qui trouve toujours une excuse pour ne pas manger avec les autres. La famille qui refuse poliment avant d’accepter. La dignité peut parfois cacher la pauvreté au lieu de l’afficher.
Aider, c’est aussi savoir approcher sans obliger quelqu’un à raconter toute sa vie pour mériter notre générosité.
Ce que la psychologie nous apprend sur le fait de recevoir
Les psychologues qui étudient les relations d’aide décrivent une réalité assez simple : recevoir peut provoquer de la gratitude, mais aussi une menace pour l’estime de soi. Tout dépend de la manière dont l’aide est proposée, du rapport entre les personnes et du sentiment de rester maître de sa vie.
Le psychologue Arie Nadler distingue notamment l’aide orientée vers la dépendance et l’aide orientée vers l’autonomie. La première donne la solution complète et peut laisser l’autre dans la position de celui qui dépend. La seconde donne des outils, des compétences, un accès ou une possibilité d’agir par soi-même.
Cela ne signifie pas qu’il faut remplacer un panier alimentaire par un cours de gestion à quelqu’un qui a faim ce soir. L’urgence existe. Mais lorsque nous pouvons choisir la forme de l’aide, il vaut mieux nous demander : est-ce que mon geste rend cette personne plus libre demain, ou seulement plus dépendante de moi ?
Et celui qui donne, y gagne-t-il quelque chose ?
En 2008, Elizabeth Dunn, Lara Aknin et Michael Norton ont mené une expérience devenue célèbre : des participants recevaient une petite somme et devaient la dépenser soit pour eux-mêmes, soit pour quelqu’un d’autre. Ceux qui avaient dépensé pour les autres rapportaient, dans cette étude, davantage de bonheur.
Depuis, des études plus larges ont confirmé une partie de cet effet, mais avec davantage de nuances : le bénéfice émotionnel existe dans plusieurs expériences, mais il est souvent modeste et dépend de la manière dont on mesure le bien-être, du contexte du don et du lien avec le bénéficiaire.
Je préfère cette version plus prudente. Le Coran ne nous demande pas de donner pour obtenir une sensation agréable. Si la joie vient, elle est bienvenue. Mais elle n’est ni la monnaie du don ni la dette de celui qui reçoit.
Cinq règles que je voudrais vous laisser
La première : protégez l’intimité avant de chercher la visibilité. Ne photographiez pas le visage de celui que vous aidez, son intérieur, son enfant ou ce qui permet de l’identifier. Une situation difficile n’est pas un décor.
La deuxième : ne rappelez jamais un don. Ni à celui qui l’a reçu, ni à ses enfants, ni aux autres. Ce qui est donné est donné. Si vous le ressortez plus tard pour obtenir de l’obéissance, de la reconnaissance ou du prestige, votre geste change de nature.
La troisième : laissez autant que possible une part de choix. Demandez ce qui est utile. Un bon d’achat peut parfois préserver davantage de liberté qu’un panier décidé entièrement à la place de la famille. Une aide digne ne transforme pas l’adulte en enfant.
La quatrième : quand c’est possible, aidez l’autre à rester debout. Achetez son travail ou ses produits, payez correctement un service, ouvrez une porte professionnelle, aidez un enfant à apprendre, financez un outil plutôt que seulement une urgence. L’aumône reste un bien et parfois la seule réponse possible. Mais l’autonomie est aussi une forme de générosité.
La cinquième : ne confondez jamais transparence et exposition. Si vous organisez une collecte, rendez des comptes. Dites combien vous avez reçu, combien de familles ont été aidées, ce qui a été acheté. Montrez les cartons et les bénévoles. La confiance des donateurs exige de la transparence ; elle n’exige pas le visage des bénéficiaires.
Ce que je vous souhaite
Cet hiver, vous aurez sûrement des occasions de donner : un vêtement encore bon, une part de votre argent de poche, un repas, une heure de votre temps, un service que vous savez rendre.
Faites-le de manière que la personne puisse vous regarder en face le lendemain, au marché, dans la rue, à l’école ou à la mosquée, sans avoir le sentiment de vous devoir son histoire.
Le don le plus discret n’est pas forcément celui que personne ne voit. C’est celui dans lequel celui qui donne n’occupe pas toute la lumière, et celui qui reçoit n’est jamais réduit à son besoin.
Dieu connaît ce qui est donné. Celui qui l’a reçu pourra peut-être s’en souvenir sans honte. Et vous, si vous avez bien donné, vous n’aurez pas besoin que le monde s’en souvienne à votre place.
Votre père.
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